L'iconographie
Une image écrite pour la prière
Ce qu'est une icône, comment elle se lit et comment elle se fait, de la planche de bois au dernier éclat de lumière.
Qu'est-ce qu'une icône ?

Le mot icône vient du grec eikôn, « image ». Pourtant, une icône n'est pas un tableau religieux au sens habituel. Elle ne raconte pas une scène et ne montre pas un paysage : elle rend présent celui qu'elle représente. On la dit souvent fenêtre ouverte sur l'invisible.
C'est pourquoi l'on parle d'écrire une icône plutôt que de la peindre : en grec, le même verbe, graphein, signifie à la fois écrire et peindre. L'icône se lit comme un texte, dans une langue de formes et de couleurs transmise depuis des siècles.
L'icône est faite pour la prière. En 787, le deuxième concile de Nicée a affirmé que l'honneur rendu à l'image remonte à celui qu'elle représente.
Le langage de l'icône

Dans l'icône, il n'y a pas d'ombres portées. La lumière ne tombe pas d'une fenêtre : elle semble venir de l'intérieur des figures, lumière d'un monde transfiguré.
La perspective est souvent inversée : les lignes s'ouvrent vers le spectateur au lieu de se rejoindre au loin, comme si la scène venait à la rencontre de celui qui prie.
Les visages suivent leurs propres proportions : de grands yeux qui ont vu Dieu, un nez long et fin, une petite bouche close qui parle par le silence. Chaque figure est nommée par une inscription ; traditionnellement, une icône n'est achevée que lorsque son nom est écrit.
La tempera à l'œuf

Les couleurs de l'icône sont faites de pigments, de terres et de minéraux broyés en poudre, liés par une émulsion de jaune d'œuf, d'un peu d'eau et de vin ou de vinaigre. C'est la tempera à l'œuf, l'une des plus anciennes techniques de peinture.
La peinture est posée en nombreuses couches fines, presque transparentes, du ton le plus sombre au plus clair. La figure sort littéralement de l'obscurité vers la lumière. Les derniers éclats, les rehauts de blanc autour des yeux et sur les visages, sont le moment où l'icône prend vie.
Une fois sèche, l'icône est protégée par un vernis, traditionnellement l'olifa, une huile de lin cuite, qui approfondit les couleurs.
La dorure

L'or est posé avant les couleurs. La feuille d'or, plus fine qu'une feuille de papier, est appliquée sur une couche de bol, une argile rouge très fine, ou sur une mixtion, puis brunie à la pierre d'agate jusqu'à briller.
Dans l'icône, l'or n'est pas un décor et ne décrit pas un ciel. Il évoque la lumière incréée de Dieu, la gloire du monde céleste dans lequel vivent déjà les saints. C'est pourquoi les nimbes, et souvent tout le fond, sont dorés.
Comment naît une icône ?

- La planche. Une planche de bois sec est recouverte de toile, puis de nombreuses couches fines de levkas, un enduit de craie et de colle animale, chacune poncée.
- Le dessin. La figure est dessinée d'après un modèle traditionnel, puis les lignes principales sont légèrement gravées dans l'enduit.
- La dorure. La feuille d'or est posée sur les nimbes et le fond, puis brunie.
- Les couleurs. La tempera est posée des tons les plus sombres aux plus clairs, les vêtements d'abord, les visages et les mains en dernier.
- L'inscription. Le nom du saint ou de la fête est écrit sur l'icône.
- Le vernis. Une fois la peinture parfaitement sèche, l'icône est vernie pour la protéger.
Entre chaque étape, il faut du temps : pour que les couches sèchent, et pour que l'icône mûrisse lentement sous la main.
Saints et symboles
Chaque détail d'une icône a un sens. Voici quelques-uns des signes que vous retrouverez dans mes icônes.
- Le nimbe
- Un cercle d'or autour de la tête : le signe de la sainteté, d'une personne remplie de la lumière de Dieu.
- Ὁ Ὤν
- « Celui qui est » : inscrit dans la croix du nimbe du Christ, le nom que Dieu révèle à Moïse.
- IC XC
- La première et la dernière lettre de Jésus-Christ en grec.
- ΜΡ ΘΥ
- Μήτηρ Θεοῦ, Mère de Dieu : le nom de Marie sur ses icônes.
- Le rouge et le bleu
- Souvent lus ensemble : le rouge pour la divinité, le bleu pour l'humanité. Le Christ porte le rouge sous le bleu ; Marie, le bleu sous le rouge.
- Les trois étoiles
- Sur le voile de Marie : sa virginité avant, pendant et après la naissance du Christ.
- Les ailes
- La nature céleste des anges et leur rôle de messagers.
- Le bâton
- Le bâton de messager des archanges, signe de la mission qui leur est confiée.
- Le livre
- L'Évangile tenu par le Christ, ou les écrits d'un saint, comme le Scivias d'Hildegarde.
- Le dragon
- Le mal vaincu, sous la lance de saint Georges ou de saint Michel.
- Les oiseaux
- Avec saint François, toute la Création qui rend gloire à Dieu.
- L'or
- La lumière incréée de Dieu et la gloire du monde céleste.